L'Institut d’aménagement et d’Urbanisme d’Ile de France a souhaité avoir une idée plus précise de la façon dont les usages et le vécu des habitants étaient abordés. Les entretiens auprès des chargés d’études de l’IAU ont donné lieu à la publication "Paroles d’habitants sur les espaces ouverts publics. Quelle prise en compte par l’IAU îdF ?" dont les Echos de Noisy livrent ci-dessous quelques extraits à mettre en relation avec les conclusions du rapport du Commissaire Enquêteur sur le Plan local d’urbanisme (lire notre article précédent).
La perception de l’espace est définie est ressentie différemment selon les publics. Ainsi les paysagistes, les aménageurs peuvent parler :
- d’espaces ouverts au regard : un parking laisse passer le regard mais n’est pas un espace ouvert ; inversement, une forêt ne laisse pas passer le regard mais est un espace ouvert ;
- d’espaces ouverts/fermés au public : les réserves privatives de chasse sont fermées au public mais sont des espaces ouverts ;
- d’espaces ouverts à l’urbanisation : les espaces agricoles sont des espaces ouverts mais ne sont pas pour autant ouverts (c’est-à-dire destinés) à l’urbanisation.
Les questions suivantes ont été abordées :
- Quel est, selon vous, l’intérêt de prendre en compte la parole habitante (et plus largement celle des usagers) dans les projets et études sur lesquelles vous travaillez ?
- Quelles sont les informations que vous utilisez pour appréhender les pratiques et représentations des habitants ?
- Quelles sont les informations que vous produisez pour appréhender les pratiques et représentations des habitants ?
- Quels usages en faites-vous ?
- Quelle est l’utilité de ces données et méthodes pour vous, pour le commanditaire et pour les acteurs locaux concernés ?
- Quels sont, selon vous, les besoins et les manques identifiés en matière de pratiques et de représentations des habitants concernant les espaces ouverts publics ?
Dans l’étude des espaces ouverts, certains privilégient une approche « terrain ». Ils construisent d’abord leurs éléments de description et d’analyses à partir du terrain, c’est-à-dire de l’observation des lieux, du paysage, des ambiances, de la topographie, du site… Le coeur de leur démarche est fondé sur l’idée « d’aller voir », d’observer, de décrire, mais aussi d’éprouver et de ressentir les lieux.
Dans cette démarche, l’observation concerne aussi les usages du site. Ces usages se voient au travers de traces matérielles (cheminements sur les pelouses, orientation des maisons…), le rôle du professionnel étant de déceler et d’interpréter ces traces, de leur donner du sens afin de mieux comprendre le site. Les usages sont aussi observés en regardant la façon dont les gens « vivent les lieux ». Là encore l’observation fait apparaître la diversité des usages (bien loin des catégories habituellement mobilisées, telles que la génération ou la CSP), éventuellement les conflits d’usages… La parole et le point de vue des usagers, sollicités généralement de façon informelle au fil des rencontres de terrain, font partie des éléments de compréhension du territoire.
Les chargés d’études soulignent tous l’importance de recueillir les témoignages des habitants : ils puisent là des informations qu’ils ne peuvent trouver ailleurs. « Les habitants sont une force de proposition … ». Ils « sont une source d’information précieuse ; parler 5 minutes avec un habitant permet souvent d’en apprendre plus que dans une heure de recherche documentaire…. Ecouter les habitants et usagers du territoire francilien permet de « coller à la réalité », d’ancrer les études dans la réalité des terrains locaux.
Pour l’auteur, une société se caractérise par :
- le corps matériel du collectif et des groupes sociaux : taille, volume, structure (par âge...), densité, distribution ;
- leur rapport à l'espace, la forme qu'ils prennent en s’établissant sur le sol, leurs mouvements dans l’espace ;
- la conscience commune que partagent ses membres : l’existence d’une conscience et d’une identité commune autour de valeurs, d’idéaux, de pratiques, de représentations collectives.
«Les entretiens ont permis d’entendre ce que les gens avaient à dire, le fait, par exemple, qu’ils ne souhaitaient pas avoir des espaces collectifs par crainte des conflits que cela pourrait engendrer ou des difficultés de gestion… ». « Certains projets gagneraient à s’appuyer sur une connaissance et une prise en compte plus fines des points de vue des habitants ». Mais les chargés d’études de l’IAU îdF relayent aussi une crainte des élus et des techniciens d’être confrontés au syndrome NIMBY (2). La peur de faire émerger et de se heurter à des conflits et des mécontentements de la population est aujourd’hui fréquente et partagée. Elle conduit parfois les acteurs à préjuger de la parole habitante, alors que l’expérience montre que les habitants ont des avis, des ressentis, « auxquels on ne s’attend pas ».
Le contact et le lien avec les habitants est perçu comme étant du ressort des élus et/ou des associations. « Il faut apprendre à parler aux habitants, c’est un savoir-faire d’élus. Il faut apprendre à être pédagogue, expliquer avec des mots compréhensibles ».
Les études basées sur des enquêtes auprès d’habitants sont souvent appréciées des commanditaires qui soulignent l’apport original d’une telle approche. Un paradoxe demeure pourtant. Si ces approches sont appréciées, elles restent peu fréquentes et continuent à relever soit d’une commande ponctuelle mais non suivie dans le temps, soit d’initiatives individuelles.
****
Il est certain que le regard global sur une ville, une agglomération ou un village fait surgir immédiatement le ressenti : agréable, harmonieuse, bien pensée, etc... Est-ce le cas à Noisy-le-Grand ?
Allez hop : un tableau et deux colonnes : qui l'emporte ?
(1) Paroles d’habitants sur les espaces ouverts publics. Quelle prise en compte par l’IAU îdF ? Mars 2011
(2) Nimby : not in my back yard (pas à côté de chez moi)
"L'histoire ne tolère aucun intrus, elle choisit elle-même ses héros
et rejette sans pitié les êtres qu'elle n'a pas élus,
si grande soit la peine qu'ils se sont donnée" (Stefan Zweig)

Dans cette étude de l’IAU IdF sur la « consultation des habitants » ; autrement dit, la « concertation », la méthodologie de la démarche est fondée sur l’idée d’aller voir sur le terrain, d’observer, de décrire, mais aussi d’éprouver et de ressentir les lieux en discutant avec les citoyens, c’est séduisant.
RépondreSupprimerAlors, que devons nous penser de cet Appel à Marché lancé par la Commune de Noisy-le-Grand en juillet 2011 concernant le « Diagnostic et des Etudes Pré-Opérationnelles » sur le secteur des Bas-Heurts, dans lequel le Cahier des Clauses Particulières mentionne à la page 11/25: aucune des constructions ne présente de qualité remarquable, aussi leur démolition doit être envisagée».
Manifestement la méthode IAU IdF n’est pas ici envisagée, puisque la Commune dicte par avance au futur prestataire, les conclusions du rapport d’analyse du site. C’est pourtant bien la moindre des choses que d’aller sur le terrain pour observer les lieux, et la topologie du site, avant de rédiger la dernière ligne des conclusions.
Mais non, à Noisy-le-Grand cela ne doit pas fonctionnerait pas comme ça ? Alors, ne soyons pas étonnés si, devant cette arrogance des puissants, 60% des Français trouvent que la démocratie ne fonctionne pas bien. Ne soyons pas offusqués si un mouvement de fond des citoyens se dessine, en réaction aux enfermements et aux brutalités des idéologues qui nous gouvernent.
Sans véritable concertation, les citoyens se sentent méprisés.